Léopard Oeil

Pourquoi le 200-400mm Canon est-il si exceptionnel ?

Oui, je sais. Le Canon 200-400mm f/4 ext 1.4 coûte une fortune (ou tout au moins autant qu’une voiture). Conscient que j’ai de la chance d’avoir pu me l’offrir (merci à tous ceux sans qui cela n’aurait pas été possible, ils se reconnaissent), je sais aussi qu’il est hors de portée de presque toutes les bourses mais depuis que je l’utilise et surtout depuis deux semaines passées au Kenya avec lui, je sais que j’ai fait le bon choix en investissant dans ce gros téléobjectif.

J’ai longtemps hésité et, pendant que j’attendais son arrivée, je me suis un peu demandé si je n’avais pas fait une erreur gigantesque. Je n’ai plus de doutes et voyons pourquoi il pourrait vous convaincre et comment son usage m’a retiré mes inquiétudes.

Hors son prix, l’objet est effrayant par son poids annoncé. Je ne dirais pas qu’il est léger (3.8kg mazette !) mais il est étonnamment bien équilibré ; sans doute parce qu’il a un bloc optique important du côté de la monture. Je partais de mes habitudes avec un Minolta 400mm f/4.5 de 1.8kg que j’avais appris à manier à main levée pour suivre des oiseaux en vol. Avec l’aide de la stabilisation d’image dans le viseur, je me suis pris à shooter des vautours ou des cigognes plein cadre à 400mm ou des oiseaux plus petits, plus rapides (des rolliers) en cadrage plus large. Attention, il faut de la place ou le choc sur le crâne d’un voisin sera peu apprécié mais je m’en suis bien tiré. Et ceux qui me connaissent personnellement savent que je ne suit pas exactement un athlète !

La bague de zooming tombe très bien sous la main et idéalement fluide avec une bonne course (ni trop longue, ni trop courte à mon goût : un gros quart de tour pour aller de 200 à 400). L’avantage d’un multiplicateur intégré est absolument frappant à l’usage. Je pensais que cela serait un ajout plaisant mais pas forcément pratique. Il n’en est rien : la combinaison de plage de focales et du multiplicateur fait que l’on passe facilement d’un mode à l’autre. J’ai rapidement pris le réflexe de me recaler au centre de la plage quand j’arrivais à 400mm (un coup de doigt sur le multiplicateur et un petit mouvement de bague et me revoilà à 400mm mais au milieu de la variation de focale entre 280mm et 560mm ; et inversement).

Les matériaux utilisés sont très agréables et rassurants (le pare-soleil est bien rigide mais clairement en plastique de tous côtés). La valise qui -au lancement- avait semblé devoir être un équipement séparé fait bien partie de la livraison. Si elle protège très bien l’objectif, ne pas l’inclure aurait réduit le prix de près de 600€ (à ce niveau il n’y a pas de petites économies) et puis trimbaler ce gros bijou dans Canon case aussi reconnaissable revient à réclamer le vol à l’arraché (balèze le voleur mais quand même). Quel pro ira mettre cette valise sur le tapis des bagages enregistrés en soute ? Sérieusement !

Du côté de la qualité d’image, je laisserai plus compétent que moi compter les lignes, gratter les pixels et décrire les technologies employées. Je dirai seulement que l’œil sur le viseur, tout est plaisant mais surtout je voudrais relater l’expérience anecdotique que je viens de faire. Je reviens du Kenya avec bien trop de photos (j’ai le doigt lourd c’est vrai et je rafale facilement même sur un sujet presqu’immobile. Je me suis surpris à comparer la finesse du point sur des images de léopard couché zoomant à fond sur l’œil de l’animal et en contrôlant la précision des veines et des colorations de l’iris.

Évidemment, cela n’empêche pas de faire des photos et de se faire plaisir (le léopard ci-contre m’a vraiment fait un clin d’œil que vous pourrez observer en passant la souris sur l’image – en cliquant vous pourrez voir son bel œil).

Au bout du compte, aucun regret. Le Canon 200-400mm f/4 ext 1.4 est vraiment un monument d’optique photographique.